MON MARI NE VEUT PAS QUE JE TRAVAILLE

La conception selon laquelle la place de la femme est à la maison est encore présente dans l’esprit de nombreux hommes.

Aussi, certains s’octroient-ils  le droit d’interdire à leur compagne d’exercer une activité génératrice de revenus.  L’histoire qui va suivre n’est pas un cas isolé mais une réalité vécue sous diverses par beaucoup de femmes.

 L’HISTOIRE

 « Lui, c’était mon professeur de français. Il avait de l’allure. Il avait l’art d’enseigner. Il avait la capacité de vous plonger dans son univers où le mots et les vers étaient des dieux. Alors comment aurais-je pu refuser ses avances ? Très vite nous sommes mis en couple. Après les cours, lui et moi on se retrouvait pour vivre notre idylle. Je m’évadais avec lui dans un monde dans lequel j’étais la princesse et lui mon prince charmant.  Les mois passaient et je me trouvais de plus en plus envoûtée par mon professeur. J’avais 18 ans et j’étais en classe de 1ère série A.  Un soir, je fis un malaise à la maison. Ma mère prise de panique me conduisit au centre de santé communautaire de notre quartier. Quelques minutes de consultation suffirent à l’infirmière pour donner un diagnostic à ma mère. J’étais enceinte de 3 mois. Ma mère était abasourdie.

-« Ma fille qui t’a fait ça? Tu n’as pas eu pitié de moi? Hein? Dis moi qui t’as fait ça » me cria t-elle.

Avec une voix hésitante, je prononçai le prénom de mon professeur de Français.

J’étais l’aînée d’une fratrie de 3 enfants. Mon père n’était plus. Et c’est grâce aux  revenus  de la vente des beignets  et de jus, ma mère parvenait à s’occuper. Il y avait aussi la pension que percevait  chaque deux mois, mais ce n’était pas assez. Nourrir une bouche de plus c’était impossible.

Elle entreprit les démarches auprès de l’auteur de ma grossesse. Celui-ci, en homme responsable reconnut la grossesse et décida de m’épouser.  La grossesse fragilisa ma santé et je ne puis continuer les cours. Je donnai naissance à une adorable petite fille.  Après la naissance de mon bébé, je m’installai chez mon homme. J’ai voulu reprendre les cours. Mais mon homme me dit:

– » Non et non. Tu vas retourner à l’école pour quoi ? Restes à la maison.  J’ai un boulot. Je gagne assez pour m’occuper de ma famille.  » me rétorqua t- Il.

Ce n’est pas ce que je voulais mais je n’avais pas non plus envie de créer des histoires entre mon homme et moi.  J’acceptai d’être une femme au foyer.

Les années passaient et je donnai naissance à un second bébé. Cependant les relations entre moi et mon homme se dégradaient. Lui qui avait promis s’occuper de moi, se fichait entièrement de moi et de nos enfants . Je n’avais rien, même pas de quoi m’entretenir. Pendant mes menstrues, j’utilisais des vieux morceaux de pagne comme protection. À maintes reprises, je lui demandai de m’aider à faire un commerce mais à chaque fois je me heurtais à un mur. Pourtant les échos me revenaient. Monsieur n’avait pas perdu ses habitudes. Pendant que sa famille criait famine, il continuait de s’amouracher avec les lycéennes.

Je décidai de prendre les choses en mains. J’avais 24 ans. Je voulais reprendre mes études mais sans argent, c’était impossible. Dans ma quête d’emploi, une dame me proposa d’être son aide cuisinière. Elle était responsable d’un restaurant, un maquis comme on l’appelle en côte d’Ivoire .Tôt le matin, je mettais mon bébé à califourchon  sur mon dos et je me rendais au marché pour les achats. Ma fille qui était en CE1 se préparait seule pour l’école et venait me rejoindre à midi au maquis. Grâce au peu que ce boulot me rapportait, je commençai à faire des économies et je parvenais même m’acheter des petites choses. Un matin, alors que je m’apprêtais pour me rendre au marché, mon homme me dit:

– » Cela fait quelques mois que je t’observes sans rien dire. Chaque matin, tu me déranges. Tu fais du bruit et tu allumes la lumière de la chambre alors qu’il est juste 5 heures du matin. Comme je ne parle, tu penses que je suis content. Je ne veux plus que tu continues ce travail ». Me dit-il.

-« Mais je ne te comprends pas? Tu ne t’occupes pas de moi. Grâce à ce que je gagne, je peux m’acheter des petites choses.  Et toi, tu m’interdis de travailler? »Lui répondis-je

-« Donc c’est ce que tu racontes aux gens? C’est mon nom, tu prends pour te promener? Je dis tu m’arrêtes ce travail ou bien tu quittes ma maison ». Conclut-il.

J’en fus déboussolée et abattue. Comment un homme qui ne survient pas aux besoins de sa femme, peut-il l’encore empêcher d’avoir une activité rémunératrice?

C’est inconcevable ! »

MON POINT DE VUE

Nombreuses sont les femmes qui ont dû mettre leurs ambitions et leurs projets aux oubliettes pour l’amour d’un homme.  Dans notre société le célibat de la femme est mal perçu. Du coup certaines femmes préfèrent sacrifier leurs ambitions pour avoir un mariage. Or ce que la plupart des personnes ignorent, le fait d’interdire à une femme d’exercer une activité rémunératrice  de revenus constitue une Violence Basée sur le Genre, plus précisément le déni de ressources, d’opportunités et de services. 

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