LYNCHÉE À ADJAMÉ

Si vous vivez en Côte d’Ivoire, vous avez certainement eu écho de ce phénomène qui constitue à lyncher les filles sous le prétexte qu’elles sont habillées trop court. Et bien cette jeune fille en a fait les frais à Adjamé.

« Du haut de mes 1 mètres 67, je marchais fièrement dans la cité. Mon short en jeans et mon tee-shirt moulant mettaient en valeur mes fines courbes. Mes belles jambes au teint d’ébène étaient sans tâches. A 21 ans, je croquais la vie à pleines dents et je profitais de ma jeunesse et de ma beauté. Il était 16 heures et mon petit bol en mains, je partais acheter mon plat d’alloco*.

-« On dit quoi ? la go* sexy, toujours au top ! Wêh ! Je suis fan ! »C’était un ami qui m’interpella ainsi.

-« Tu vas acheter alloco là aussi pour moi non ? la go sexy quoi !» Poursuivit-il?

Et oui c’était comme ça qu’on m’appelait au quartier. J’aimais bien ce surnom. A dire vrai, ce pseudo me décrivait tellement bien. J’adorais être sexy et j’aimais attirer l’attention des autres sur moi. En plus J’étais jeune et belle, pourquoi cacher ce beau corps ?

-« Aujourd’hui là je suis très limitée. La prochaine fois surement ». Lui répondis-je.

Je pris mon plat et rentrai chez moi. En famille, j’étais la starlette. J’aimais à copier le style de certaines artistes comme RHYANNA, BEYONCE. Ma mère ne s’en plaignait pas. Et d’ailleurs pourquoi devrait-elle se plaindre ? C’était mon époque et j’en profitais. Celle par contre qui n’arrêtait de me sermonner, était ma sœur aînée. « Ta robe est trop courte ! Ne la mets pas pour sortir. Quand on te parle là, tu n’écoutes jamais ». N’arrêtait-elle pas de me crier à tout bout de champ. Quant à mon père, il était séparait de ma mère depuis bientôt 10 ans. C’est ma mère qui s’est chargée de notre éducation ma sœur, mon petit frère et moi. Sa femme, je ne l’appréciais pas du tout. Lors d’un séjour chez mon père, elle osa critiquer ma façon de vêtir. Comme on le dit en Côte d’Ivoire, je l’ai bien lavé. En fine mesquine, elle rapporta cela à mon père pensant qu’il allait me gronder. Il lui a juste dit : « EH ! Toi aussi, c’est une petite fille, il faut la laisser s’habiller comme elle veut. C’est comme ça les filles d’aujourd’hui s’habillent. C’est la mode !». Depuis lors, elle est restée indifférente à tout ce que je faisais. Parfois même, je faisais des choses exprès pour l’emmener à parler. Mais comme si elle devinait mes intentions, elle ne disait mot et attrapait son menton pour me bien faire comprendre qu’elle s’en fichait éperdument de moi.

C’était un Samedi et la vielle, une amie de la faculté m’avait proposé de l’accompagner faire des courses à Adjamé. Pour moi qui ne connaissais Adjamé que pour sa réputation d’agression, ce fut au départ un refus. Mais elle parvint convaincre que c’était le lieu par excellence des bonnes affaires. Pour moi qui vivait à Angré et qui dépensais des sommes exorbitantes au marché de Cocovico en fringues ; ce fut là une véritable aubaine. Je décidai alors de m’y rendre dans l’optique de m’y acheter deux ou trois vêtements ; au cas où les prix seraient intéressants.

Rendez-vous fut donc pris à la gare des worros-worros* d’Angré, à 09 heures. J’avais certes mes défauts mais le retard n’en faisait pas partir. Je me pointais donc pile à l’heure au lieu du rendez-vous. J’avais mis une petite jupe volante et un body. Après environs vingt minutes d’attente, je vis mon amie venir en courant vers moi. Je n’ai même pas eu besoin de lui dire que j’étais fâchée ; elle le devina à l’expression de mon visage.

-« Pardon oh ! Ma chérie, je devais faire le ménage avant de sortir. Mais c’est quoi cette jupe ? Toi on te dit on va à Adjamé et c’est ça tu vois pour porter ? Tu ne vois pas que je suis en pantalon jeans ? » Me dit-elle.

-Toi, il ne faut pas m’énerver. Tu es en retard et c’est toi qui veux te jouer les moralisatrices. Je n’ai pas de pantalon jeans, si tu veux je vais me retourner tchourr *! » Lui dis-je.

-« Tu aimes trop ça! Pardon oh ! Allons prendre notre woro-woro ».

Nous descendîmes à la mosquée. A notre descente, un jeune homme m’interpella : « Jupe là, c’est pour ta petite sœur ou bien ? ». Je fis mine de ne rien entendre. Je continuai mon chemin. Je sentais le regard des gens se poser sur moi mais je ne m’en inquiétais pas. Nous fîmes un tour à petit Lomé. Mon amie avait dit vrai, les articles étaient vendus à moindre coût. Je m’achetai alors deux robes moulantes. Après quoi, elle demanda à ce qu’on parte au Black market pour qu’elle puisse troquer son téléphone. C’est une fois arrivées dans le black market que mon calvaire débuta. Deux jeunes hommes me suivaient en disant : « toi là c’est quelle manière de ta habiller ? go porkelé là ! Tu veux te mettre nue, on va t’aider. Après vous allez dire qu’on vous a violé. Go djatra* là ! Barbière ! » D’autres badauds se joignirent à eux. Et les jeunes filles derrière leurs étalages se moquaient de moi. Je n’eus même pas le temps de réaliser ce qui se passait qu’ils se jetaient sur moi comme des vautours et déchiraient mes vêtements. Mon amie impuissante, essayait tant bien que mal de me défendre, elle ne faisait que crier « arrêtez, arrêtez ». Comme une manne, une dame sortit d’un magasin m’enveloppa d’un pagne et m’en menant dans son magasin. Mes vêtements étaient en lambos, j’étais couverte de bleus et mes tresses étaient défaites. Mon collier en or plaqué avait été emporté, de même que mon téléphone ainsi que celui de mon amie. En l’espace d’un court instant, j’ai vu ma petite vie défilée devant moi et j’ai cru j’allais mourir ».

MON POINT DE VUE

Cette situation, si elle vous semble normale ou drôle, moi elle m’irrite beaucoup et me met en colère. Il s’agit là d’une grave violation des droits de l’homme. Nous sommes dans un pays laïc. Et jusqu’à preuve du contraire aucune loi n’a été promulguée en vue de sanctionner le port de vêtements indécents. Si tel était le cas aucun citoyen hormis les autorités compétentes (force de police, brigade des mœurs..) ne devrait être habilité à réprimer cela. Je ne suis pas en train d’encourager les jeunes filles à la dépravation mais je dénonce juste cette forme de violence et d’harcèlement qui tend à gagner du terrain dans notre pays. Ce n’est pas parce que j’estime qu’une personne est vêtue de manière inappropriée que j’ai le droit de la battre, de lui arracher les vêtements du corps ou en encore de l’humilier en public. Au cas où vous l’ignorez nous sommes dans un cas d’agression physique et d’harcèlement moral qui sont des actes passibles d’emprisonnement, contrairement au fait d’être sexy. Ceux qui s’adonnent à cette forme d’harcèlement justifient leur acte, par le fait que les filles qui s’habillent en mini-jupe, robe moulantes etc… ; réveilleraient les pulsions sexuelles des hommes qui seraient tentés de les violer. A mon sens cet argument est trop fallacieux. La logique voudrait que chacun maîtrise son corps et notamment ses pulsions sexuelles. Vous conviendrez avec moi que c’est en cela que nous sommes différents des animaux. De plus, certaines femmes ont été victimes de viol malgré qu’elles fussent décemment vêtues. Tout est question et fonction de la personne qui se trouve en face de vous. Vivement que les autorités prennent des mesures pour mettre fin à ces types agressions qui se multiplient dans notre pays.

Toutefois, je ne pourrais close mon article sans m’adresser aux jeunes filles. C’est vrai que vous être libres de vous vêtir comme vous le désirez, mais loin de moi l’idée de me jouer les moralisatrices, je vous suggèrerais de garder vos mini-jupes, robes hyper-moulantes pour des circonstances plus adaptées (boîtes de nuits, bars, soirées entre amis). Ce n’est pas parce que vous voyez l’artiste SHAN’L porter une culotte pour faire un clip vidéo ou RHYANAH mettre des tenues transparentes que vous allez en faire autant. Nous sommes fatigués de voir des filles se balader à moitié nues dans les rues d’Abidjan. Bien vrai que l’habit ne fait le moine ; mais on reconnaît le moine par son habit.
Alors Mesdames, Mesdemoiselles faisons attention à notre tenue vestimentaire.

CAR LES LEADERS DE DEMAIN , C’EST VOUS !

LEXIQUE

GO: fille, femme en language nouchi

WORO-WORO: véhicule de transport en commun

TCHOURR:sorte d’injure à l’Ivoirienne assimilable à un sifflement

DJANTRA : prostituée en nouchi

PORKELE: fille aux moeurs légères

BARBIERE: injures en nouchi

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