MAMAN À QUINZE ANS

Donner naissance est une bénédiction. Mais lorsqu’une jeune fille de quinze ans se retrouve enceinte, loin d’être un bonheur, sa vie vire au cauchemar.

« Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, la simple évocation du nom de cette ville, me rendait surexcitée. Les abidjanais, de passage au village parlaient de la capitale comme d’une pierre précieuse qui avait la capacité de changer la vie de son détenteur. Rien qu’à voir leurs vêtements, on s’imaginait déjà qu’Abidjan était le lieu où tous les rêves devenaient réalités.

C’était les vacances scolaires, je venais d’obtenir mon BEPC, dans le seul collège à proximité de mon village. En Attendant les résultats des orientations, je faisais la fière dans le village, au côté de mes cousines venues passées les vacances. Vêtue des vêtements qu’elles m’avaient offert, un pantalon qui me coinçait de la taille au mollet et d’un tee-shirt qui dessinait ma poitrine,  j’essayais de faire comme mes cousines ; bien que je me sentais mal à l’aise ; pour ne pas passer pour une « gaousse »*. C’est dans cette ambiance que se déroulaient mes vacances scolaires.

Début  Septembre, les résultats des orientations tombaient. Sûrement un coup du mauvais sort, je ne fus pas orienté. Ma mère toute triste, criait à qui voulait l’entendre : « Eh DIEU ! Je t’ai fais quoi ? Mon mari est mort. Je peines à payer les frais de scolarité de mes trois enfants. Ma première fille a eu le BEPC, les sorciers du village ont tout fait pour ne pas qu’on l’oriente ».

Mon oncle venu récupérer ses filles, eut écho de ma situation et décida de m’amener avec lui à Abidjan et de m’inscrire dans un lycée privé. Assise à l’arrière de la Prado de mon oncle, j’observais le paysage, impatiente de découvrir la mythique ville d’Abidjan. Nous arrivâmes enfin à Abidjan. Marcory Remblais, c’était dans ce quartier huppé de la ville que mon oncle résidait. Deux jours après mon arrivée, mon oncle demanda à ses filles de m’accompagner pour que j’achète  des vêtements. Je prie grand plaisir à faire les emplettes car je pus découvrir la ville d’Abidjan.  Mon oncle prit le soin de m’inscrire dans un lycée à proximité du domicile familial. Les premiers jours d’écoles furent difficiles ; mais au bout d’un mois, je finis par m’y adapter. Dans ma classe, il y avait cette fille, qui se jouait les divas. Sac à main de luxe, parfum à vous envoûter, elle faisait royalement son entrée dans la classe suivie de deux autres filles qui arboraient également le même style.  Ce matin-là,  j’avais cours à huit heures et malheureusement pour moi le professeur arriva avant moi et me refusa l’accès à la salle de classe. Je me retrouvai au préau.Il y avait un groupe d’élèves assemblé composé en majorité de garçons. Je lançai un bonjour. Il s’ensuit un « bonjour » collectif.  Ce groupe était perçu du mauvais œil. Selon les commérages, il s’agirait d’un groupe de jeunes drogués. Pendant que je me freignais un chemin pour retrouver la banquette, l’un d’entre eux s’avança vers moi et me tendit la main en disant :- « Bonjour ma beauté », j’avais les yeux baissés mais lorsque je levai le regard, mes yeux croisaient, celui d’un beau jeune homme. Ce regard créa en moi des sensations que je n’avais jamais connu auparavant. Mon cœur battait à un rythme incontrôlable, j’avais les mains moites. Telle une statue, je restai figer quelques secondes qui semblaient être une éternité. Difficilement, je parvins à me trouva une place.  Plus les jours passaient, plus rencontrer ce jeune homme devenait difficile pour moi. Il était  en terminale A et chaque récréation, je faisais tout pour éviter de le rencontrer dans la cour de l’école. Sans aucun doute, j’étais amoureux de ce garçon.   C’était un frimeur, mais son charme mêlé à son talent de séducteur ne pouvait laisser aucune fille du lycée indifférente.   Et comme s’il avait deviné mes sentiments, il prenait plaisir à venir me chercher chaque récréation et à les fins des cours. Je faisais tout pour m’éloigner de lui mais il s’arrangeait pour se rapprocher de moi. J’aurais aimé confié mes craintes à une personne. Mais je ne trouvai pas d’oreille attentive à ma situation. Mon oncle était un homme bon, mais il était stricte. J’avais peur de sa réaction.  C’est vrai, la femme  de mon oncle  était gentille mais je ne savais pas comment aborder la question avec elle. J’ai essayé d’en parler avec  la plus âgée de mes cousines mais elle m’a répondu ceci : «  c’est garçon, tu es venu chercher ou bien tu es venu pour aller à l’école ? Si papa sait tu vas vois ! ». Avec le temps, je finis par me plaire à se petit jeu et je commençai à avoir une relation à ce dernier. Pour qu’on puisse se voir, j’ai commencé à sécher les cours.  Il arrivait que je mette des vêtements de rechange dans mon sac. Quand venait l’heure du départ, je me faufilais dans les toilettes pour me métamorphoser. Les Vendredis soirs, c’était la fiesta. On se retrouvait dans un maquis pour faire le show. Pour la petite villageoise que j’étais, c’était un autre monde et j’y mis plaisais bien.  « Abidjan était vraiment le plus doux au monde ». Je vous ne fais pas dire. Il fut mon premier homme. Il m’apprit à faire l’amour et à aimer le sexe. Ne me parler de préservatifs, il m’a bien fait comprendre que pour  apprécier le sexe, il ne valait pas les utiliser. Avec arrogance, il me disait à chaque fois que j’en parlais, ceci : «  il faut laisser ça là, depuis que tu es née as-tu vu une personne manger une banane avec sa peau ?». Et moi l’idiote, je remuais ma tête en disant non. Dehors j’étais une vraie go*, mais une fois rentrée à la maison ; je me comportais comme une sainte nitouche. Même pas mes cousines, à lus forte raison mon oncle et ma tante ne pouvaient imaginer la vie que je me mène en dehors des quartes murs de la maison. Par miracle, j’arrivai à obtenir de justesse la moyenne aux des trois trimestres.  Nous étions en fin d’année scolaire. Ma mère s’impatientait de me revoir. Je partis donc au village pour les vacances scolaires. J’étais la star du village, avec mes vêtements, je frimais et je racontais mon aventure abidjanaise à mes copines du village avec beaucoup de nostalgie. Un mois après mon arrivée au village, je commençais à me sentir mal. Ma poitrine avait pris du volume. Je vomissais et je ne pouvais rien avaler. C’est avec amertume que ma mère me fixa, les yeux pleins de larmes et me dit : « Ma fille, tu m’as tué. Je t’ai envoyé à Abidjan pour aller à l’école ; c’est grossesse tu m’as ramenée ? » Oui, je n’avais que quinze ans et je devais déjà me préparer à être mère. Mon Dieu, je suis qu’une enfant qui a juste voulu s’amuser. Pourquoi me donnes-tu ; une si lourde responsabilité ? »

La  célébration de la fête des mères est l’occasion pour nous d’honorer la femme en tant que mère.  Au-delà de cette célébration,  je voudrais ensemble, qu’on se penche aujourd’hui sur le phénomène des jeunes filles. Chez nous les akans, lorsque la femme revient de couche, elle est vêtue de blanc, symbole de vie et de pureté. Car en donnant naissance, la femme frôle la mort. Imaginons-nous le cas de la jeune fille-mère. Son corps est en pleine croissance. Lorsqu’elle se retrouve enceinte, elle est exposée deux fois plus de risques qu’une femme adulte.

 Donner la vie est une grâce mais au-delà de cette grâce, c’est une responsabilité. C’est pourquoi, il y va de l’intérêt de la société de lutter contre la  maternité précoce.  Il est donc judicieux de mettre un accent sur l’encadrement des adolescents, et particulièrement sur celui des jeunes filles.

Donner la vie est une bénédiction, ne faisons pas de la maternité une malédiction.

BONNE FÊTE DES MÈRES ? à toutes les mamans.???

LEXIQUE

GAOUSSE : ignorante, qui ne suit pas la tendance

GO : fille, femme

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Un commentaire

  • Que Dieu protège nos jeunes soeurs.
    Qu’elles aient le bon sens de se protéger à défaut de s’abstenir et c’est toute la lutte que nous menons avec mon équipe de sensibilisation.
    Dieu seul sait qu’il y a du boulot à faire.
    Un enfant qui est lui même enfant ne peut devenir maman.
    Bonne fête des mères et oui être une maman est toute une responsabilité et une joie indescriptible aussi.
    Merci pour cet article.

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