Akwaba, Bienvenue en Côte d’Ivoire

Eldorado pour moi c’est mon pays la Côte d’Ivoire. Notre pays présente de très beaux atouts touristiques. Nos artistes chanteurs sont comptés parmi les meilleurs en Afrique. Nos mets sont succulents et les femmes ivoiriennes sont très belles.

Parmi les ivoiriens, ceux qui « vont tuer » comme on le dit en Côte d’Ivoire, ce sont les élèves. Dans le domaine de l’invention je ne sais pas si je dois les comparer aux chinois ou aux américains. Dans les années 2000, on a assisté au boro d’enjaillement qui consistait à exécuter une chorégraphie sur un auto-bus en circulation. Bien heureusement il est passé mais sans laisser son lot de victimes et de conséquences. Puis avec l’avènement des farotteurs du coupé-décalé*, il y a eu le broutage* qui continue hélas de ternir l’image de notre beau pays.

Mais ceux qui me fascine au-delà de tout, ce sont les fonctionnaires ivoiriens, avec leur capacité à se foutre du service public. Ils sont les premiers à revendiquer leurs droits aux autorités, pourtant ce sont eux qui bafouent les droits des usagers du service public. La corruption a pris le dessus sur l’amour de la patrie. Lorsque vous arrivez dans une administration en vue de vous faire établir un document, l’agent vous dit ceci: « faut passer dans trois jours pour le retrait ». Si vous lui dîtes: « c’est urgent oh » ; il vous répond: « si tu as mille (1000)  francs, il  faut donner, tu vas avoir ça cet après-midi  « . Donc c’était possible d’obtenir le document le même jour? Triste n’est-ce pas?

Quant au palais de justice lieu du droit par excellence, il est devenu le repère de malfrats. C’est tellement visible que lorsque vous vous rendez au palais, des jeunes hommes qui n’ont pourtant rien à faire là; vous accoste et vous propose leur service en vue de faciliter l’établissement de vos documents moyennant de l’argent. Ainsi pour l’établissement d’un certificat de nationalité qui devait vous coûtez cinq milles francs (5000 francs) , vous pouvez dépensez jusqu’à dix milles francs(10000 francs) . Les magistrats, ce corps prestigieux, aujourd’hui  objet de doute dans l’esprit de la Société. Il y a de cela quelques temps un opérateur économique affirmait ceci dans un journal de la place: « j’ai tous les magistrats de la Côte d’Ivoire dans ma poche ». Trop choquant pour la juriste que je suis. Par crainte d’un procès inéquitable, les justiciables préfèrent ne même pas s’y aventurer. Car  dans de l’esprit de la majorité des ivoiriens, le pauvre même si le droit est en sa faveur a peu de chance de gagner un procès face au riche.

A ce propos, le magistrat MAMADOU  KONE, alors  président de la Cour suprême ivoirienne , lors de  son discours de la rentrée judiciaire 2011-2012, interpellait les magistrats et je cite: « la vérité et la réalité du moment nous commandent que l’heure est grave.Par la faute de certains d’entre nous, le peuple au nom de qui nous rendons la justice et qui est notre juge n’est pas loin de nous retirer sa confiance si ce n’est déjà fait. Sur le tableau de bord de la vie de la nation, les clignotants nous concernant sont en passe de virer au rouge ».

En sommes, la justice qui devait garantir la sécurité est sujet de méfiance pour les ivoiriens. Dommage!

Le comble c’est dans les hôpitaux. Un soir, mon bébé qui avait à l’époque quarte(4) mois faisait la fièvre. Comme vous le savez l’attente dans les hôpitaux publics est inévitable. Le médecin de garde sortit pour donner des instructions aux infirmiers dans la salle de soins. Au même moment une jeune dame fit son entrée dans la salle d’attente. Elle interpella le médecin, s’ensuit des échanges de courtoisie. Apparemment c’était l’une de ces  amies. Il la fit entrée dans son bureau laissant perplexes tous ceux qui attendaient depuis déjà deux heures. Ceux qui étaient présent avant la dame n’ont-ils pas droit aux soins? Ivoiriens yako*!

Dans les centres hospitaliers universitaires (CHU), c’est l’argent qui parle en lieu et place des hommes. Si tu n’as rien, ton malade va mourir dans tes bras (permettez-moi de m’exprimer en langage ivoirien). Il y a de cela trois ans je perdais ma belle-sœur. La pauvre dame s’est vidée de sang car sa sœur qui l’accompagnait n’avait plus d’argent en sa possession. Elle mourut en laissant le petit garçon qu’elle venait de mettre au monde. C’est ça l’image des hôpitaux de la Côte d’Ivoire.

On est là à se plaindre que les autorités ne font rien. Mais vous, que faîtes-vous pour le développement de votre pays? Ce n’est pourtant pas les autorités que le citoyen lambda côtoie au quotidien dans les administrations et services publics? La négligence du service public et la primauté que les ivoiriens confèrent à leurs intérêts personnels freinent le développement de notre pays. On entend partout je suis patriote, j’aime mon pays. Mais c’est quoi le patriotisme? Pour moi le patriote, ce n’est pas celui qui fait des marches ou livre sa poitrine aux armes pour montrer son désaccord avec le résultat des urnes; mais plutôt celui qui à son humble niveau, faire des efforts pour que la société aille mieux. C’est celui qui oublie ses intérêts particuliers au profit de l’intérêt général. C’est celui qui au-delà de tout, recherche la paix, le développement de son pays dans chaque acte qu’il pose.

Arrêtons d’accuser les dirigeants du retard de notre nation et remettons-nous en cause. Même si on place à la tête de cette nation un saint homme, excepte de tous défauts, le pays n’avancera pas si nous peuple ivoirien ne faisons pas des efforts personnels. Bien vrai que le développement d’un Etat passe par une bonne politique des dirigeants, mais le développement d’une nation passe nécessairement par le changement de mentalité de toute la nation. Que chaque ivoirien laisse tomber ses intérêts partisans et personnels au profit de l’intérêt général et notre pays fera partir des Etats émergents. Que l’amour de la nation guide les pas de chaque ivoirien, c’est en cela que nôtre chère Côte d’Ivoire prendra le train de l’émergence.

Quant à moi, j’espère que j’aurais par ces quelques lignes suscité en vous LE VÉRITABLE PATRIOTISME.

 

LEXIQUE

Akwaba: bienvenue

Broutage: arnaque via le net

Farotteurs: concept né du coupé-décalé qui consiste à afficher l’aisance et l’élégance

Coupé-décalé:  musique urbaine ivoirienne née dans les années 2000

Yako: expression ivoirienne exprimant la compassion, le réconfort

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